Prise d'otage de Saint-Alban-d'Hurtières 1944

27/08/1944

Après les débarquements alliés de Normandie et de Provence et la libération de Paris le 25 août, l'armée allemande bat en retraite. La 90e Panzer Division de l'Afrika Korps remonte la vallée du Rhône et se dirige vers l'Italie en incendiant, pillant et exécutant résistants et civils. À partir du 20 août 1944, la bataille s'engage tout au long de la Maurienne entre occupants et résistants de la France libre.

Dimanche 27 août, jour de la vogue de Saint-Georges, les Allemands incendient méthodiquement Saint-Georges-d'Hurtières, la Corbière à Saint-Pierre-de-Belleville et plusieurs hameaux de Saint-Alban-d'Hurtières : Couttarey, Collentin, la Cour et Coutassous. Une épaisse colonne de fumée monte de la Corbière. L'abbé VERNEY se retrouve au milieu des soldats allemands qui ont installé un poste TSF dans la sacristie et occupent le clocher. Deux Arbarins, Jean-Marie OYANT et Jean-Frédéric MERMOZ, y laisseront la vie, tués par balle.

Tandis que les habitants se réfugient dans les chalets d'alpage, sous les rochers en montagne ou au Pontet, l'abbé VERNEY et Monsieur MONNET, l'instituteur, assistent impuissants au déferlement d'officiers et de soldats allemands dans l'école et l'église.

Lundi 28 août, les soldats rassemblent les hommes du chef-lieu à la mairie tandis que les femmes n'ont pas le droit de sortir, sauf pour aller puiser l'eau à la fontaine. À 8 heures, 13 hommes ont déjà été arrêtés. La mairie s'avérant trop exiguë, ils sont conduits à l'église où trois autres malheureux ainsi que Mademoiselle Suzanne RICHARD, institutrice aux Champs, les rejoignent bientôt.

Victorin CHAMBEROD et Jean-Michel CHAMBÉROD, qui descendent de montagne pour ravitailler leurs familles, sont arrêtés près de la Cour et mis en joue par les Allemands, sous l'œil-de-bœuf en face de la mairie. Grâce à l'intervention de Monsieur MONNET auprès du chef du détachement allemand, qui occupait son appartement, les armes sont baissées. Conscient du danger que court Jean-Michel, militaire engagé dans l'Armée secrète (AS), l'abbé VERNEY lui fait apporter, par Nancy BALMON (14 ans), des vêtements civils cachés dans un panier de victuailles afin de remplacer sa tenue militaire.

Jean-Michel dira plus tard : « L'instituteur et le curé m'ont sauvé la vie ! »

Mardi 29 août, Joseph Gustave BUTTARD et René CHÊNE, qui montaient des provisions aux alpages, viennent grossir la liste des prisonniers. Vers 16 ou 17 heures, les 21 otages sont entassés dans un camion découvert ; il pleut. Jean DENTROUX, parti aux toilettes, est oublié. L'abbé VERNEY écrira : « Le camion part sous l'orage, nous faisons bonne contenance et les larmes ne dépassent pas le bord des paupières. Nous ne voulons pas que ces brutes aient la joie de notre douleur. »

Au dernier virage de la Balme, avant la croisée du Verney à la Corbière, Jean-Michel CHAMBÉROD veut sauter du camion pour s'enfuir à travers les vignes longeant la route. Monsieur MONNET l'en empêche : « Tu veux sauter ? Tu vas tous nous faire fusiller ! »

Arrivés à Saint-Rémy-de-Maurienne, les prisonniers sont enfermés dans un hangar puis dans l'église. L'abbé VERNEY écrira encore : « Vraiment ces Boches veulent nous mettre sous la protection de Dieu et nous faire penser à prier… Point n'est besoin de ces attentions pour faire notre acte de contrition et d'abandon à la Providence, car nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'une rafale de mitraillette nous est sans doute réservée. »

Le convoi repart vers Saint-Jean-de-Maurienne. En chemin, le camion s'arrête au bord de la rivière ; des soldats arrivent et discutent avec le chauffeur. Monsieur MONNET s'exclame : « Voilà le peloton d'exécution, c'est là qu'on va rester ! » René CHÊNE sort alors la gnole qu'il gardait dans son sac et la propose à ses compagnons d'infortune : « Avant de mourir, on va boire la gnole. » Fausse alerte : le camion était simplement « kaput ». Les prisonniers sont transférés dans deux camionnettes et arrivent à Saint-Michel-de-Maurienne vers 6 heures du matin, où ils sont enfermés dans la scierie Guigaz.

Au matin du jeudi 1er septembre, ils constatent qu'il n'y a plus de sentinelles. Ils trouvent une cachette mais renoncent à rentrer immédiatement à Saint-Alban, le risque étant trop grand. Ils patienteront plus de quatre jours grâce à l'aide et à la générosité des habitants de Saint-Michel qui, malgré les bombardements et les pillages qu'ils ont eux-mêmes subis, leur apportent notamment des pommes de terre et des haricots.

Lundi 4 septembre, au lever du jour, les rues de Saint-Michel sont débarrassées des Allemands. Vers 9 heures, un détachement FFI fait son entrée et les maisons sont pavoisées du drapeau tricolore. Trois bons marcheurs sont dépêchés en éclaireurs pour rassurer les familles. Ils arrivent à Saint-Alban vers 22 heures après une marche de 40 kilomètres.

Les autres otages gagnent Saint-Jean-de-Maurienne où ils passent la nuit, puis reprennent la route le mardi 5 septembre. Après Pontamafrey, une camionnette FFI les conduit jusqu'à Épierre. Ils regagnent finalement Saint-Alban avec le concours des FFI. Liesse générale à leur retour !

En janvier 1945, l'abbé VERNEY écrit dans le bulletin paroissial :

« Il y aurait beaucoup à dire sur les souffrances de chacun... Les activités et les exploits des membres de l'AS, des jeunes qui ont poursuivi jusqu'aux frontières l'ennemi en déroute... Puissent ces quelques pages graver plus profondément dans la mémoire des jeunes et de vos enfants les souffrances qu'entraîne la guerre et leur inspirer une plus grande aversion pour tout ce qui mène à ces horreurs de la guerre. »

ANSELME François

BALMON Émile

BÉRARD François

BUET ( habitant de St-Georges)

BUTTARD Antoine

BUTTARD Joseph-Cyprien

BUTTATD Joseph-Gustave

BUTTARD Louis

CHAMBÉROD Jean-Michel

CHAMBEROD Victorin

CHÊNE René

CHICHIGNOUD Jean

CHICHIGNOUD Narcisse

DENTROUX Claude

DENTROUX Jean

DENTROUX Petrus

FESSEMAZ Antoine

MARTINET Louis

MONNET Antoine

RICHARD Suzanne

VERNEY Victorin

Événement reconstitué grâce aux « Souvenirs d'une institutrice » d'Yvette FALCOZ née MONNET, au « Témoignage enregistré de Jean-Michel CHAMBÉROD » et aux « Lettres de Victorin Verney, curé de Saint-Alban ». Texte de Jean Michel CHAMBEROD, mise en page de Baptiste CHAMBEROD et relecture de Cathy JABOT. Remerciements : association des Anciens combattants de Saint-Alban-des-Hurtières et Saint-Pierre-de-Belleville, mairie de Saint-Alban-des-Hurtières.


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